La lutte contre la pauvreté en Belgique en 6 questions

Une personne sur cinq en Belgique court un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. La lutte contre la pauvreté est donc un enjeu démocratique majeur. C’est pourquoi, dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la Belgique a inscrit dans son Programme National de Réformes (PNR) l’objectif de sortir 380.000 personnes de la pauvreté à l’horizon 2020.

Pour vous aider à y voir un peu plus clair dans cette problématique, voici une FAQ (Frequently Asked Questions). 

  1. La pauvreté, c’est quoi ?
  2. Comment mesure-t-on la pauvreté ?
  3. Quels sont les acteurs de la lutte contre la pauvreté en Belgique ?
  4. Comment est évaluée la lutte contre la pauvreté ?
  5. Quelle est le rôle de la sécurité sociale dans la lutte contre la pauvreté ?
  6. Comment collabore le SPF Sécurité sociale dans la lutte contre la pauvreté ?

1. La pauvreté, c’est quoi ?

Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la pauvreté est définie comme étant la combinaison de la pauvreté en termes de revenus, de développement humain et d’exclusion sociale. Le développement humain, c’est l’ensemble de besoins fondamentaux pour mener une vie décente comme la santé, l’éducation, le logement par exemple.

2. Comment mesure-t-on la pauvreté ?

Les trois indicateurs suivants sont utilisés pour mesurer la pauvreté, dans le cadre de la politique européenne :

  1. risque de pauvreté sur la base du revenu (pauvreté monétaire)
  2. privation matérielle grave
  3. ménages à très faible intensité de travail

Les personnes confrontées à au moins un de ces trois risques sont considérées comme à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Selon cet indicateur européen, en Belgique, 20,7 % des personnes courent un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

2.1. Risque de pauvreté sur la base du revenu

Le critère appliqué pour mesurer le risque de pauvreté monétaire est le seuil de 60% du revenu net médian équivalent (= seuil de pauvreté). Lorsque le revenu net total d'un ménage se situe en-dessous de ce seuil, on parle d'un risque de pauvreté. Pour la Belgique, le seuil de pauvreté est un revenu de 13.377 € net par an, soit 1.115 € net par mois pour un isolé, ou de 28.092 € net par an ou 2.341 € net par mois pour un ménage composé de deux adultes et deux enfants (<14ans).

Selon ce critère, 15,5 % de la population belge connaissent ainsi un risque de pauvreté. Ce sont les 18-24 ans (20,8%), les chômeurs (45,9%), les familles monoparentales (41,4%), les personnes ayant un faible niveau d’éducation (30,7%), les locataires (36,2%) qui sont les plus exposés.

Source : STATBEL Indicateurs de pauvreté en Belgique 2016.

2.2. Privation matérielle grave

Cet indicateur concerne les personnes qui ne sont pas en mesure d’acquérir des biens ou services essentiels pour vivre, dont au moins 4 des éléments suivants :

  1. payer un loyer ou des factures courantes
  2. chauffer correctement son domicile
  3. faire face à des dépenses imprévues
  4. consommer de la viande, du poisson ou un équivalent de protéines tous les deux jours
  5. s’offrir une semaine de vacances en dehors du domicile
  6. posséder une voiture personnelle
  7. posséder un lave-linge
  8. posséder un téléviseur couleur
  9. posséder un téléphone.

D'après cet indicateur, 5,5 % de la population souffre de privation matérielle grave.

Source : STATBEL La privation matérielle en 2017

2.3. Ménages à très faible intensité de travail

Cet indicateur décrit la situation de personnes membres d’un ménage dans lequel personne ne travaille (ou dans lequel les membres ne travaillent que très peu) mais qui ne disposent pas nécessairement d’un revenu très faible.

Une personne en situation de très faible intensité de travail est une personne âgée de 0 à 59 ans vivant dans un ménage dans lequel les adultes (étudiants exclus) ont travaillé moins d’un cinquième de leur temps pendant l’année de référence.

14,6 % de la population (0-59 ans) vivaient dans un ménage à très faible intensité de travail.

3. Comment s’organise la lutte contre la pauvreté en Belgique ?

À côté des nombreux acteurs de terrain (asbl, ONG, etc), la lutte « institutionnelle » repose sur un accord de coopération entre l’Etat fédéral et les entités fédérées datant de 1998. Selon cet accord, les différentes autorités fédérales, régionales et communautaires du pays s’engagent, dans le respect de leurs compétences respectives, « à poursuivre et à coordonner leurs politiques de prévention de la précarité d'existence, de lutte contre la pauvreté et d'intégration des personnes dans la société ».

A cet effet, les autorités s'engagent à contribuer, chacune dans la limite de ses compétences, à l'élaboration d'un Rapport.

L’accord de coopération de 1998 crée également un Service de lutte contre la Pauvreté, la Précarité et l'Exclusion sociale . Ce Service évalue l'effectivité des droits fondamentaux des personnes qui vivent dans des conditions socio-économiques défavorables : droit à un logement décent, droit à l'énergie, droit à la protection de la vie familiale, droit à la protection sociale, droit à la protection de la santé...

Au niveau fédéral, un Plan de Lutte contre la Pauvreté, impliquant toutes les administrations fédérales, est adopté sous le coordination du Secrétaire d’Etat ou du Ministre ayant la Lutte contre la Pauvreté dans ses attributions (actuellement, il s’agit de la secrétaire d’Etat Zuhal Demir). L’adoption du 3ème Plan fédéral est devrait intervenir prochainement.

Pour assurer l’évolution et l’exécution des Plans fédéraux de Lutte contre la Pauvreté, un Réseau de fonctionnaires fédéraux a été créé en 2013, dont le SPP Intégration sociale assure la coordination.

Au plan local, la lutte est assurée principalement par les CPAS.

4. Comment est évaluée la lutte contre la pauvreté ?

Il existe plusieurs outils d’évaluation de la lutte contre la pauvreté. Sans être exhaustifs, citons :

5. Quel est le rôle de la sécurité sociale dans la lutte contre la pauvreté ?

Les chiffres sont irréfutables : s’il n’y avait pas de transferts sociaux, le taux de risque de pauvreté (pauvreté monétaire) concernerait non pas 14,9% de la population, mais 26,3% (chiffre 2016) ! Ceci démontre que la sécurité sociale est un premier barrage efficace contre certains risques pouvant engendrer la pauvreté puisqu’elle permet une réduction de 41,1% du risque de pauvreté monétaire ! Certes, la sécurité sociale remplit également d’autres fonctions que de lutter contre la pauvreté. 

L’accord de coopération de 1998 stipule à ce propos que « la sécurité sociale est prioritaire pour le maintien de la cohésion sociale, pour la prévention de la précarité, de la pauvreté et des inégalités sociales et pour l'émancipation de l'être humain ».

L’article 23 de notre Constitution dispose à son tour que :

« Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. A cette fin, la loi, le décret ou la règle visée à l'article 134 garantissent, en tenant compte des obligations correspondantes, les droits économiques, sociaux et culturels, et déterminent les conditions de leur exercice. Ces droits comprennent notamment : (…) 2° le droit à la sécurité sociale, à la protection de la santé et à l'aide sociale, médicale et juridique; (…) ».

L’impact de la sécurité sociale dépend évidemment des moyens qui lui sont affectés. C’est pourquoi le financement doit être structurel et solide.

6. Comment collabore le SPF Sécurité sociale dans la lutte contre la pauvreté ?

Notre SPF collabore d’abord financièrement, en octroyant les différentes allocations aux personnes handicapées.

Comme toutes les administrations fédérales, notre SPF a désigné un de ses agents pour faire partie du Réseau fédéral des fonctionnaires chargés de l’évolution et de l’exécution des plans fédéraux de lutte contre la pauvreté. Dans le cadre de l’élaboration du Plan fédéral de Lutte contre la Pauvreté, le SPF propose des mesures d’initiative ou à la demande du ministre des Affaires sociales. À titre d’exemple, dans le cadre du 2ème Plan fédéral, une mesure concernait l’égalisation des montants des allocations familiales du régime des salariés et du statut des indépendants. Cela s’est réalisé avant le transfert des prestations familiales aux entités fédérées dans le cadre de la 6ème réforme de l’Etat.

Pour notre SPF, c'est Alexandra Labreveux (DG BESOC) qui est la "Fonctionnaire Lutte contre la pauvreté". Elle remplace Philippe Bouchat qui remplissait cette mission depuis janvier 2016. En plus de la représentation du SPF au sein du Réseau, Alexandra est aussi chargée de sensibiliser ses collègues sur la lutte contre la pauvreté.

Alexandra a un vrai sens de la justice. Depuis toute petite, de par son expérience, elle se préoccupe beaucoup des personnes dans le besoin. L’aide aux autres est une vraie valeur pour elle. « Quand on joue un rôle dans la fonction publique, il est important de se mettre à la place de tous, y compris des plus démunis. Depuis toujours, et encore au 21ème siècle, la pauvreté est un vrai combat à mener. »  Elle pense déjà à des mesures concrètes qu’elle souhaite aborder au fil de sa mission : améliorer l’accès à l’information sur la pauvreté via une brochure lisible, apporter une réponse à des questions du genre « La lutte contre la pauvreté est-elle une utopie ? » « Est-il naïf de mener ce combat ? ». Elle souhaite également se concentrer sur la situation des fonctionnaires sans qualification. Il est très difficile de valoriser ses connaissances si on n’a pas le diplôme requis. Elle veut que ce groupe de personnes ne soit plus oublié… De beaux projets en perspective. 

Pour seconder les Fonctionnaires Lutte contre la pauvreté, le SPP Intégration sociale a mis en place un « réseau d’Experts du vécu ». Le rôle de l’Expert du vécu est de faire la médiation entre l’Administration et des groupes cibles qui éprouvent parfois certaines difficultés à faire reconnaître leurs droits. Ils facilitent par exemple la lisibilité et l’accessibilité des documents nécessaires… Au SPF Sécurité sociale, c’est Farida Allami qui occupe ce rôle.

Plus d'information : alexandra.labreveux@minsoc.fed.be et farida.allami@minsoc.fed.be